Je te vois unique mais muni de différents visages quand tu te présentes à ma famille, mes amis, ou mes relations. Dans ces trois formes là, tu revêts un visage différent pétrit des mêmes expressions…


Ces mêmes formes sont celles que je vois quand je tente de qualifier le lien qui m’unit aux membre de ma famille en opposition aux personnes avec lesquelles j’ eût une liaison. Ou encore un groupe d’amis avec lesquels je parcours un bout de route. C’est là une obvie que trois formes différentes se présent à moi. Et si je prends le temps de réfléchir ici, tout en sachant que tu n’auras guère connaissance de la présente lettre, je constate, que c’est la forme qui m’unit à une ou plusieurs personnes dans le cadre d’une relation qui fût la forme la plus douloureuse jusqu’à présent. Mais, tous calculs fait, c’est une situation que je qualifierais de «moins pire ». Sans doute, en douleur, le fardeau aurait bien plus lourd si tu t’étais trouvée dans les deux autres catégories. J’aurais alors été incapable de supporter d’avantage ma vie, et j’aurais alors eu l’impression que l’infini s’en serait trouvé multiplié par deux. Cela aurait alors conduit ma perte.

J’aimerais que tu comprennes quand même que tu fût ignoble avec moi dans les deux catégories. Le sentiment que tu laissais traîner était peut-être plus corrosif, peut- être qu’aussi j’en eût avalé plus souvent mais en plus petites quantités. Ce qui explique pour moi l’incapacité à me souvenir aux évènements qui lorsque je les vit m’anéantirent. Le seul souvenir que je garde de toi au sein des membres de ma famille reste le décès de mon père. Si tu n’avait pas été là, j’aurais alors pu m’en sortir. Il me parût incroyable que tu voulût ce que je vit, et ; si ça en avait été le cas ; alors je n’hésiterais pas à continuer à porter cette colère avec toi (colère que bien sûr j’aurais finit par abandonner, si je savais que des supports me font défaut pour argumenter ma décision. Et si cette dernière manquait de pondération, je l’aurais bien sûr annulée). C’est au fil des années que je réalisait combien le coup que tu me portas fût fort ; puissant ; dévastateur. Quand les saisons firent leurs oeuvres, je réalisais un peu plus chaque jour, comment, privé de Liberté, je sentais tous mes membre s’engourdir dans une mélancolie. L’idée que derrière ce manque se cachait ce que je redoutais le plus : le néant.

C’est aussi parce que je suis capable de te le dire désormais, que je confirme ta présence (même si je n’ai jamais douté) et que je puis dire à quel point cette dernière laissa des cendres de désespoir. A ton sujet, il m’a toujours été impossible de savoir ce que mes frères et soeurs pensaient de toi vis-a-vis de notre défunt père. Ou encore notre mère. Je porte étrangement le sentiment d’en avoir le plus souffert, et je ne saurais aujourd’hui t’expliquer pourquoi. C’est vrai que la douleur masquée peut-aussi exister chez les autres membres. Peut-être est-ce lié au sentiment que j’avais d’être le plus proche de lui les derniers jours ? J’ai pu te voir dans la plus belle de tes formes quand j’ai pu partager quelques moments d’échanges. Je me souviens du jour où j’étais assis à ses côtés et que nous discutions de sa vie à l’usine. Je cherchais dans ces paroles une aide pour assimiler cette vie de difficulté qui m’attendrais. Ce soir là ; sur le canapé familial, j’étais à ses côtés et voulut m’enquérir de cette vie. J’apprit comment il devait se lever tôt ; se rendre à l’usine en vélo et comment son travail se déroulait. Cela me permit de relativiser quant au travail que j’avais alors à cette époque. Mais avant tout je te voyais splendide, quand je l’écoutais parler. Cette nostalgie dans les yeux et ce sourire marqué. En plus de ce souvenir, je n’en conserve que deux ou trois autres. La plupart se situant quand nous étions assez jeunes, et que nous prenions l’habitude de faire quelques courses avec lui. Tu réussit également à faire naitre une transformation des sentiments. Ce que j’appelait Liberté autrefois, je l’appelle de ton nom aujourd’hui. Cela est lié à ce souvenir : je devais retrouver un ami avec lequel nous avions planifié une sortie. J’étais alors en train d’aider mon père ; que j’abandonnait alors qu’il avait le dos tourné. J’eût également porté des mots durs à ce moment, signe apparent que je n’avais aucune attache pour lui. Le soir- même, quand je fût de retour, sa colère fit accroître ce sentiment de haine envers lui. Mais c’est maintenant, avec l’oeuvre du temps que je réalise que je n’aurais sans doute pas dû l’abandonner et qu’aujourd’hui ce sont toujours les moment les moins riches en apparence qui façonnent un vécu. C’est aussi par ce que je l’ai appris à mes dépends au fil du temps que je puis l’affirmer. C’est dans ta capacité à amener les doutes, d’exprimer les choses en demi-teinte que je n’arrive pas à te considérer dans ta pleine mesure. Encore une fois, c’est dans cette complexité que les explications se font imprécises.

Je te confirme évidemment le sentiment de soumission que j’éprouve envers toi, et tu as là de quoi comprendre ce que je vis. En réalité, il serait faux d’affirmer que j’eût trouvé ce sentiment qu’une seule fois au sein de ma famille. Je le retrouve en effet quand je vis ou repense à la plupart de ces mêmes membres. Mais je ne t’associe pas à une quelconque douleur. Et dans ma grande folie ; je t’attends à te montrer blessant de manière impromptue. C’est la raison pour laquelle je me laisse aller à toi avec parcimonie ; et sur le sentier que j’emprunte je sais éperdument que je finirais par me prendre les jambes dans les ronces ; et que les cicatrices qu’elles laisseront sur moi ne feront que soutenir mon argument. Dans cette sphère familiale tu as su t’installer au fur et à mesure du temps de moi envers la plupart. Aussi je t’en suis reconnaissant pour le moment, et t’en serais éternellement si tu t’en tiens à ce seul décès.

Tu as été également présent dans les relations qui m’unissent à des amis. Là encore, je ne t’ai jamais vu véritablement blessant. En effet, au fil des années, sans que tu n’eût besoin de me le faire savoir, je n’eût que très peu d’aversion pour les choses lourdes et pénalisantes. Et c’est aussi parce qu’encore une fois, j’ai su me montrer prudent à ton égard que j’ai pu arriver en pleine forme jusque là. Tu sais toi même que je n’aurais de toute façon pas pu supporter que tu me fasses du mal sur ce terrain. A vrai dire, je parle là d’une tendance plus que d’une réalité. J’ai préféré faire l’impasse sur l’évènement douloureux que tu me fit vivre quand une personne que je considérais alors comme amie se montra odieuse à mon égard (aussi pour que tu comprennes que loin de moi l’idée de te nuire, mais qu’au contraire je préfère trouver avec toi un terrain d’entente qui nous sera à tous deux favorable). Là encore j’ai effleuré cette permanence de perméabilité, j’étais alors à l’époque persuadé que tu pouvais convertir du plomb en or. Mais à mon grand étonnement, c’est sur le ton du reproche que je fût désigné coupable. Comment alors t’exprimer la haine que j’avais envers toi ? Elle dit « de toute façon, ça aurait pu être n’importe qui d’autre » Avait-elle à ce moment précis la pleine conscience de la portée de ses mots ? Epris d’un sentiment d’abandon, je n’étais qu’une âme en détresse dénuée de tout espoir. Aujourd’hui, ce sont les nombreux stigmates que je porte qui en attestent, comme le long souvenir de ta perfidie. Mais surtout que si j’avais alors écouté ce que la liberté me dictait, je n’aurais pas été aussi imprudent et naïf.

Abstraction faite de ce douloureux incident, je ne t’ai pas bien sûr retrouvé dur avec moi. Je pourrais bien entendu te reparler des autres histoires (qu’avec le recul je nommerais futilités) dans lesquelles mon ego fut fourvoyé et dans lesquelles j’étais persuadé toujours plus d’être dans le vrai. C’étais aussi pour moi un moyen de me réconcilier avec toi. Si je voulais te fuir, il me fallait fuir mon entourage ou ma famille même. Certes il était toujours possible de voiler tout ce que la conscience des choses travaille à faire oublier, tout comme il m’est toujours possible de nier ta présence dans les motifs que je voue à des modèles stériles. Mais comment ignorer qu’une faiblesse constituant un corps subsiste en ce même corps ?

Je te serais alors à jamais reconnaissant de la position dans laquelle tu me laisses, et comment il m’est possible de travailler à construire un vécu avec ces mêmes personnes. Et si il est vrai que je ne m’estime pas libre dans les obligations qui me rattachent à ces mêmes personnes (ne suis-je pas en charge de vérifier de leur bien-être, ou encore ne dois-je pas m’assurer qu’aucun encombrement ne vienne à les perturber ?) je peux au moins vivre dans un semblant de responsabilité, quand il m’incombe au moins de m’assurer que nous sommes toujours amis. Si je me pose alors la question de savoir lesquels de ces amis s’insèrent dans cette problématique réelle, alors il s’en trouve un nombre horriblement réduit. C’est aussi dans ce nombre que je puis évidemment dire que tu compliques nos rapports, car ; et j’en ai fait l’expérience récemment ; réduire le nombre, c’est aussi pour toi une manière de me faire moins distant à leur égard. Il s’en suit alors des moments d’ambiguïté durant lesquels je ne sais plus comment véritablement cerner ces rapports. N’ai-je pas plus d’une fois cru que les barrières s’en trouvèrent travesties ? Dans quelques situations rares, c’est parce que les évènements se déroulèrent de la sorte, qu’il me fut donné de définir avec pertinence ce périmètre. Pour cela, sache, très cher, que je t’en suis reconnaissant. Alors qu’en douleur se trouvait la forme, en vérité se trouvait le but. C’est donc dans ce processus de complication que tu fis naitre la vérité, comme si elle fut toujours là, mais maquillée sous une strate des rapports qui me lient à ces personnes. J. me dit « ça n’est pas ce que tu crois » J’ai toujours su que tu cherchais aussi à me nuire dans cette sphère, et c’est aussi parce qu’il m’a été difficile à cerner la mesure dans laquelle tu exerçais ton entreprise. Comment parler de toi différemment quand j’évoque un frère ou quand j’évoque un ami ?

N’avons-nous pas là les mêmes dynamiques humaines ; celles qui considèrent le prochain comme un être à chérir et à honorer. Si là fut ton ambition, alors je serais incapable de pleinement te répondre. Pardonne-moi, ce sont sans doute là des subtilités que je peine à percevoir, si tant est qu’elles existent bel et bien et que cela n’est pas là une lubie de mon esprit. Je ne pourrais m’en étonner (et cela expliquerait la plupart des questions qui subsistent), mais les matériaux se font rares, donc l’entreprise difficile . Aussi, ça sera ce à quoi je m’en tiendrais.

Pauvre, celui, qui, dans un moment difficile, cherche refuge et pardon chez toi…