Liberticide – partie 4

J’arrivais à saisir l’important caractère que toutes les choses que nous devions faire en communs revêtirent ; mais j’ai toujours été incapable de le comprendre ou l’expliquer. Pire que ça, ces choses communes semblaient être assimilables à un mortier nécessaire au bon construit d’une relation, subtile d’étrangeté…


Vouloir à tout prix faire de ces choses-là une nécessité traduisait définitivement le dégoût que j’en avait. Et ça n’ était tout simplement une disposition pour laquelle je n’étais pas préparé. Comment voulais-tu que je puisse m’épanouir dans ce genre de situations ; quand elles semblent définitivement vouloir vous happer de l’intérieur ? Et c’est aussi parce que j’eût travaillé à les fuir que je n’ai pu trouver la quiétude qui me semblait un besoin ; tout comme devoir jouer les équilibristes pour asseoir un ascendant de crédibilité et d’assurance dans les choix que l’on prend ne pût également me convenir. Voilà pourquoi je passais mon temps à fuir les engagements que tu m’ imposais de rencontres en relations. Tu comprendras alors que cette gêne faisait qu’il m’était dès le début impossible de vouloir continuer à adhérer aux valeurs que la plupart n’eurent cesse de te porter. Quand il s’agissait pour moi de devoir vivre ce genre de situations, j’étais telle une huître, impossible à ouvrir, et cultivant l’introversion de mes états. C’est bien sûr, qu’accoutumé à ce rythme, qu’il me semblait aisé de composer avec au fil du temps. N’est-il pas chose simple que de danser sur une musique pour laquelle l’on eût fixé le rythme? C’est bien pour les personnes engagées dans cette relation que les différentes opinions se succédaient : elles commençaient par penser qu’il y avait là un genre de fuite puérile et sans fondement véritable ; qu’un semblant de véritable relation permettrait de fixer les choses à nouveau. Et puis, elles comprirent alors que ce renfermement cachait la grande frustration, que j’avais à ton égard. Cela finit bien sûr par fatalement me mener à l’isolation. Isolation dans les pensées et dans les rapports. Comprends que je ne tiens pas directement responsable de cela, je ne me le permettrais pas ; disons simplement que tu y aies indirectement contribué…

Et si l’on reprends le matériau exposé plus haut, tu entends alors qu’il m’a toujours été impossible de m’inscrire dans cette dynamique relationnelle. C’est qu’en fondements même, je ne suis pas capable de répondre aux forces nécessaires à cette entreprise. Avant même que tu n’aies pu t’inscrire dans cette dernière, il m’était de toute façon impossible de voir là un objet pérenne. Et c’est avec le recul qu’il t’es facile de comprendre que je n’avais aucun reproche véritable contre ces mêmes personnes. Il me resta simplement à leur expliquer qu’il était quand même possible de faire d’une relation quelque peu bancale (car à leur sens, privée de ta substance) quelque chose de stable. Je me dois quand même de t’avouer qu’user du mot « simple » est incorrect ; parce que j’essaie d’expliquer et de vivre rationnellement ce qui semble avoir sa place dans la chambre des émotions. En effet, je revois les nombreuses discussions, et à plusieurs reprises il fut clairement établi que vouloir t’expliquer d’un point de vue rationnel (peut-être même de manière scientifique) demeurait quelque chose de terriblement compliqué. Toujours avec ces mêmes amies, j’en tirais un constat cinglant : je ne pourrais de toute manière jamais te comprendre, parce qu’il y a bien longtemps que j’ai fait l’impasse sur toute facette émotionnelle. Vouloir à tout prix te transposer dans une sphère rationnelle a fait qu’il y avait là le terrain de nombreux reproches. Je peux alors remarquer combien la route fut parsemée de difficultés. Et c’est aussi pour cette raison que je ne m’explique pas dans le fond, comment la plupart font pour t’apprécier. J’ai dans mes amis, plusieurs personnes qui partagent leur vie avec une autre. En apparences, ces mêmes amis ne semble pas éprouver vraiment de difficulté à maintenir cette relation. J’eût cherché maintes fois à mettre en exergue ce fait par le biais de ce que je qualifierais de déni de solitude ; mais encore une fois, les motifs que tu exposes sont à mon égard trop fort pour que je puisse du premier coup être dans le vrai…

Peut-il être possible que tu sois ni méchant ni colérique et encore moins liberticide pour certains ? Dans ce bilan, je dirais alors que pour moi tu ne l’a pas vraiment été, et pour être honnête, il ne me semble pas que je puisse te tenir responsable de tout ce que je connût. En effet, j’en garde ce fort sentiment de mélancolie pour lequel j’ai rapidement senti un manque de corrélation avec ta personne, et c’est aussi ce même sentiment qui a contribué à fortement ternir l’avis que j’ai toujours eu sur toi. Crois bien que j’en suis alors navré, mais il ne me semble pas vraiment y remédier, et il semblerait que tu sois alors voué à attiser ma colère et désinvolture, parce que tu sais que malheureusement tu t’en trouveras toujours lié à ce même sentiment. Tu te demandes alors dans quelle mesure je suis alors capable de te démontrer (sans t’accuser inutilement) le caractère liberticide que tu revêts. Je l’ai véritablement ressenti les premières années durant lesquelles j’ai fait ta connaissance ; il y avait ça et là des moments d’étouffements, des moments où je ne voyais rien à part un long mur qui se dressait devant moi, symbole apparent du pouvoir que tu exerçais sur moi. Ou encore ces nombreux moments où je voyais arriver avec suffisamment d’avance (mais alors incapable de l’éviter) la difficulté. Et quand bien même j’avais suffisamment d’avance ; c’est par le truchement de ton vice que je me surprenais alors réduit à l’impuissance ; Homme sans ambitions frétillant dans un froid polaire. Il y a là pour moi de véritables moments qui qualifient en toute objectivité ; je pense ; la position que je défends.

Je te qualifie de liberticide parce que je n’ai jamais pu saisir la quintessence de ce qui te fait vivre aux yeux d’autres en bien ; aussi parce que dans tous ces moments évoqués, tu ne m’apparus jamais en bon parti. J’y ai toujours trouvé un manque de confort certain. Certes, j’ai bien en tête les moments agréables, mais ils ne se placent pas sur un même palier que la douleur qui tu me fis vivre. Mais aussi parce que j’étais véritablement à court de liberté, à plusieurs reprises. Tu avais à mes yeux la force de choisir une direction à prendre avec une personne ; par exemple, penser à des projets de vie, et se voir entendre que l’on doit faire des sacrifices ! Comme si ces derniers fixaient d’une traite la survie de la relation. De sacrifices en sacrifices, de projets en projets, on se surprends alors à penser pour et par ta personne. (Et c’est dans ce sens que l’on te retrouve en support et en finalité). C’est une chose que je n’ai jamais vraiment accepté dans le fond. Etais-tu alors capable de m’expliquer pourquoi je me devais de passer par là en substance ? Comprends bien que c’est dans cette entreprise que j’avais alors l’impression d’être un membre privé de ses capacités, être privé de toute décision réelle. Cette force que tu as de fixer les choses me confortent dans cette idée, que, définitivement, tu es une entrave à ma liberté.

Quand j’eût l’occasion de discourir à ce sujet avec des amies, elles ne comprenaient pas véritablement comment je n’étais pas capable de te faire cohabiter avec la Liberté. Ou encore elles de me dire qu’il était toujours possible de suivre une relation sans forcément y fixer les projets qui s’y rattachent (étions-nous obligés d’ailleurs d’en avoir si nous voulions qu’une relation survive ?). Pour être franc avec toi, je n’ai sur le coup pas pu répondre. Je pense alors que je ne me m’assumais pas ce point de vue en totalité. Et bien, tu te dois de savoir qu’une fois que j’eût été sous ton emprise, il m’était alors difficile de composer avec d’autres sentiments. C’est comme si tout mon être se mettait alors à ton service afin qu’il soit capable d’alimenter une relation. Je serais incapable de dire à ces mêmes amies qu’en effet, une fois engagé sur ce sentier, c’est d’une force tellement prenante, d’un voyage tellement éreintant, qu’il n’ait de place pour le reste. Tu comprendras alors pourquoi je ne pouvais te faire cohabiter avec la Liberté, si ça avait été le cas, j’aurais aussi eu l’impression que cette entreprise aurait de toute façon été vouée à l’échec. Je ne compte plus le temps passé en véritable adorateur de ton culte, fervent défenseur des valeurs qu’il me semble, on te rattache ; bref ; en somme, tout ce qui a nourri ma colère à ton égard.

J’espère que tu auras alors compris quel fut le véhicule à ce sentiment qui se fait aujourd’hui omniprésent. J’ai également travaillé à t’oublier, travailler à définir ce que je vit en dehors de toi. Puis-je donc affirmer que j’ai réussi dans une certaine mesure, à faire l’impasse sur ton influence ? Il me faudra définitivement plus d’une vie pour en avoir le coeur net. J’aurais peut-être aimé que l’on se soit connu en d’autres termes, que tu aies été présente en d’autres formes. Tout ce qui aurait pu rendre cette haine sympathique. Loin de moi l’idée à présent de te voir différente, sache simplement que nous aurions pu certainement plus tôt cherché un meilleur terrain d’entente. Mais dans le fond, avant même d’oser concevoir ce terrain, je me permet de valider mes reproches qui ne me semblaient que fondés.

Peut-être qu’il me faudra aussi plus de dix vies avant d’accepter à tout jamais que malgré nos aspirations, qui diffèrent de beaucoup ; le compromis pour nous deux serait alors la plus simple nécessité. Et que j’y puisse alors y voir dans celle-ci une éternelle entreprise rassurant mes attentes et nourrissant de peu quelques ambitions pour lesquelles ce fût par l’entremise de ta participation que le résultat me permettra un sens certain de satisfaction. Aussi je reprends Guillevic, comme conclusion aux multiples vicissitudes que ton empreinte façonnât :

On ne possède rien, jamais, qu’un peu de temps…

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